LES AGAPORNIS
La sélection
Il
y a dans la nature une énorme surproduction de jeunes. Cependant, habituellement,
le nombre d'individus par espèce animale ne varie pas tant que les
circonstances extérieures ne changent pas. Dans la lutte impitoyable pour la survie,
la plus grande partie des descendants ont hâte de vivre avant d'en arriver
eux-mêmes à la reproduction. Cela revient pratiquement à dire que tous les
descendants de chaque couple sont perdus à l'exception de deux qui remplaceront
les deux parents. C'est seulement de cette manière que le nombre d'individus
par espèce peut rester constant.
Il est clair que les exemplaires faibles et visiblement
affaiblis au point de vue génétique ont peu de chances de survie dans le combat
destructeur naturel tandis que les individus forts qui grâce à leur hérédité se
sont le mieux adaptés aux circonstances données, ont le plus de chances de
survivre et de se reproduire.
Il en résulte que dans la nature, il n'y a pas beaucoup
de mutations telles que des modifications de couleurs. C'est que toutes les modifications
survenant tombent immédiatement sous la sélection naturelle et sont
pratiquement toujours vouées à l'échec. Quoique une uniformité relative règne dans
la nature, il existe cependant un grand nombre de petites différences
héréditaires entre les individus d'une espèce. En raison de ces petites
mutations passant inaperçues, toutes les espèces naturelles animales sont des
mélanges extrêmement variés d'hérédité et de manifestations.
Nos éleveurs font un bon usage de ces petites différences
héréditaires. Dans nos cages d'élevage et nos volières, nous pouvons fixer ces
différences parce qu'elles ne sont pas corrigées par la nature. Par ses choix,
la main habile de l'éleveur pourra obtenir des mutations qui ne se seraient pas
maintenues dans la nature.
Les races d'élevage actuelles rassemblent toutes les
espèces vivant à l'état sauvage, dont elles se distinguent à la suite d'un développement extrêmement important de
caractéristiques recherchées par l'éleveur. Par exemple, les races actuelles de
canaris, ont été obtenues à la suite de centaines d'années de sélection. Elles
descendent toutes du canari sauvage dont elles sont très éloignées par l'aspect
et les habitudes, par exemple par une modification du plumage (races frisées)
ou par un changement dans la forme (races de posture).
En
comparaison avec le canari et beaucoup d'autres espèces animales transformées
jusqu'en animal domestique, le processus de domestication des agapornis en est
encore à ses débuts. Cela n'empêche pas qu'avec l'établissement d'un certain
nombre de mutations de couleurs, les premiers pas soient faits sur le chemin
conduisant à la domestication complète de ces espèces.
Pour
le moment, l'élevage sélectif d'agapornis est encore pratiquement dirigé exclusivement
vers la couleur et à côté de cela, vers l'amélioration du format et du type et
pour quelques espèces, vers un léger allongement du type de plumage.
Nous
pouvons évidemment sélectionner sur bien d'autres caractéristiques. La question
actuelle : jusqu'où pouvons nous modifier selon notre goût la forme naturelle d'origine
en suivant la voie de la sélection ?
Théoriquement,
la frontière extrême de la sélection est déterminée par le nombre de facteurs agissant
de façon concomitante sur une caractéristique souhaitée dans l'espèce.
Le
nombre d'individus qui participent au processus de domestication ne représente qu'une
fraction du nombre d'individus vivant dans la nature.
Relativement peu de facteurs héréditaires participent donc au processus de domestication
d'une espèce.
Par
opposition aux espèces naturelles, pour lesquelles, à la suite d'un libre choix
de partenaires et d'une sélection naturelle, une tendance vers un nivellement moyen
prédomine, la variabilité des caractéristiques héréditaires chez les races de
culture s'intensifie en fonction de l'ancienneté de la domestication de
l'espèce.
Sous
la protection de l'homme, des mutations plus ou moins dommageables pour l'organisme
sont également maintenues.
Le
maintien d'un grand nombre de mutations et leur croisement continuel avec des
races aux formes sauvages cause à la longue une énorme différenciation des
combinaisons des caractéristiques que l'élevage peut maintenir intactes et parmi
lesquelles, l'éleveur peut choisir la combinaison souhaitée des
caractéristiques.
Pour
atteindre le but recherché, l'éleveur recherche donc les animaux qui ont développé
au plus haut degré les caractéristiques souhaitées par lui, lesquelles apportent
souvent sur le marché des défauts physiques qui seraient impossibles dans la
nature. Assez souvent, l'éleveur est responsable de telles
déviations.
Par
exemple, la forme de certaines races de posture est en réalité une déformation
de la forme naturelle; c'est conforme à un goût déterminé qui est établi sous
la forme d'exigences standard et l'éleveur fait donc usage des différences
héréditaires chez ces animaux pour produire de telles races.
Le
canari, dont nous connaissons, à coté des races de chant, frisées et de
postures, des centaines de variétés de couleurs nous montre la variété des possibilités
de la sélection.
Il
est évident que là où la sélection naturelle est en grande partie écartée et que
la différentiation des races élevées joue un rôle plus important, seule une stricte
sélection adéquate peut conduire à de tels résultats. A cet effet, appliquez
une sélection extrêmement stricte et croyez bien qu'une sélection douteuse ne
pourra jamais fournir de bons oiseaux pour l'élevage et les
expositions.
En
fait, nous devrions faire une différence entre les oiseaux que nous sélectionnons
en vue des concours et ceux que nous réservons à l'élevage. Dans la pratique il
y a plutôt confusion. En fait, si des oiseaux remportent des succès dans les
concours, nous les utilisons aussi pour l'élevage. Un exemple concret peut montrer
que parfois il peut y avoir une différence entre des oiseaux reproducteurs et
des oiseaux d’exposition.
Par
exemple, vous possédez un oiseau a qui il manque un ongle. Au concours, il n'a
pas sa chance tandis qu’il peut être excellent pour la reproduction,.
Avec un peu de réflexion, vous pourrez vous-mêmes juger s'il s'agit d'oiseaux pour
la reproduction ou pour les expositions.
La
sélection d'oiseau n'est pas aisée. A cet effet, on doit, comme bon éleveur, avoir
une bonne connaissance des oiseaux et une connaissance précise des exigences du
standard et aussi la capacité de pouvoir reconnaître les défauts de ses propres
oiseaux.
Le
dernier point surtout est difficile d'autant plus que le standard est un texte
écrit qui permet une certaine interprétation. Comme je l'ai déjà fait remarquer,
l'élevage des agapornis met l'accent sur l'obtention d'une couleur définie dans
le standard. Pour la sélection des couleurs, une certaine connaissance des
couleurs en général est indispensable ainsi qu'une connaissance de la manière
dont celles-ci s'obtiennent sur le plumage, en particulier.
Ensuite, ce qui est important pour l'éleveur est que celui-ci comprenne
l'action des facteurs héréditaires, leur action et influence réciproques en ce qui
concerne la couleur.
Le
type de l'oiseau est déterminé par sa taille et sa forme. Le choix s'oriente
vers un type court avec un poitrail bien large par rapport à la longueur du
corps.
Lors
de la description des différentes espèces d'agapornis, j'ai indiqué les tailles
naturelles.
L'expérience
d'autres espèces d'oiseaux apprend qu'a la suite de la domestication d'une
quarantaine de générations, la taille moyenne des espèces domestiquées s'accroît
quelque peu. Par une sélection sévère sur le format, la combinaison des
facteurs héréditaires favorise à la longue cette caractéristique avec comme
conséquence des oiseaux plus grands. Nous voyons, par exemple, chez la perruche
ondulée standard que la
taille s'est accrue de 30 % en comparaison avec les mêmes perruches vivant à
l'état sauvage.
Il
va de soi que toutes les proportions du corps doivent s'harmoniser avec la taille
et c'est la quelque chose à sélectionner scrupuleusement. Les oiseaux à poitrine
étroite, cou long ou petit, tête fine ou petite, troublent l'harmonie de l'ensemble
et doivent être écartés pour la reproduction.
Si
nous pratiquons l'élevage avec de tels oiseaux, la chance est très grande que les
défauts énoncés plus haut se retrouvent amplifiés.
Si
vous avez un oiseau avec un petit défaut, par exemple une poitrine un peu trop
étroite, mais qui dans l'ensemble possède de très bonnes caractéristiques, essayez
de compenser cela par par le croisement avec un oiseau possédant une poitrine largement
prononcée.
De
petits défauts et imperfections sont à éliminer assez vite de l'élevage.
Avec
un oiseau qui a un petit défaut, essayez toujours de lui trouver un partenaire qui
est excellent sur ce point.
N'accouplez
jamais deux oiseaux qui présentent les mêmes défauts mêmes si les caractéristiques
générales sont idéales.
La
sélection des oiseaux basée sur leurs qualités psychiques est encore considérée
comme superflue. Rien n'est moins vrai.
La
tenue d'un oiseau est déterminée par ses caractéristiques physiques et psychiques.
Un bon oiseau peut, du fait de sa nature nerveuse, être de mauvaise tenue.
Dans
la cage d'exposition, ils s'agrippent sans arrêt aux barreaux ou bien voltigent
nerveusement de sorte qu'ils peuvent à peine être examinés. Il n'y a pas besoin
de démonstration pour comprendre que l'on a peu de chance de remporter du succès
avec de tels oiseaux.
Dans
la volière d'élevage également, les sujets à comportement nerveux sont une source
d'irritation. À la moindre occasion, ils s'éloignent du nid en causant souvent
des dégâts aux oeufs avec toutes les conséquences fâcheuses qui en découlent.
La
sélection des parents sur la base de leurs caractéristiques d'élevage est une chose
relativement aisée. Vous pouvez toujours
trouver dans votre carnet d'élevage les données nécessaires. Les oiseaux qui
nourrissent mal, qui piquent leurs jeunes, qui pondent beaucoup d'oeufs
stériles, qui abandonnent le nid
ou qui d'une autre manière ne donnent pas satisfaction en ce qui concerne les attentes
en matière d'élevage, nous nous en débarrassons.
La
sélection de jeunes oiseaux en fonction de leurs caractéristiques d'élevage est
un peu plus difficile. Nous pouvons adopter comme règle que les jeunes issus de
bons parents d'élevage, à condition qu'ils soient bien soignés et qu'ils ne tombent
pas malades, deviendront eux-mêmes aussi de bons parents.
Lors
de la sélection des oiseaux, nous ne devons pas nous laisser influencer par
l'idée que nous ne pouvons pas nous défaire d'oiseaux pour l'élevage. Il y a
des éleveurs qui appliquent bien la sélection mais qui, comme énoncé plus haut,
ont des oiseaux qu'ils veulent garder. On se met alors ainsi au travail.
Parmi les oiseaux élevés, par exemple cinquante, supposons que l'on veuille en
garder vingt. Les vingt meilleurs oiseaux sont alors choisis, la trentaine restante
est écartée. Il est clair qu'une telle sélection a peu d'utilité. Les vingt oiseaux
que l'on désirait conserver seront certainement meilleurs que ceux qui ont été
écartés, mais il n'est pas garanti que les oiseaux conservés soient
aussi de bons oiseaux. La bonne méthode est de ne conserver que les oiseaux qui
possèdent au plus haut degré les caractéristiques désirées et d'exclure les
autres sans pitié pour un élevage ultérieur. Au cours des premières années
surtout, il arrive que l'on n'obtienne que quelques bons oiseaux.
Il est établi que l'on a plus de satisfaction d'un nombre restreint d'oiseaux
de bonne qualité que d'un grand nombre de moins bonne ou de mauvaise qualité.
Texte: H.W.J. van der Linden