2. La marche en avant de la perruche ondulée
Gould n'a pas été que
l'homme qui fut le premier à nous informer de la vie de la perruche ondulée
dans la nature, il est vraisemblable aussi celui qui introduisit les premières
perruches ondulées en Europe. Dans son livre “Handbook of
the Birds of
Les perruches
ondulées qu'en cette année mémorable, Gould apporta aux amateurs de perruches
ondulées furent élevées par son beau-frère Charles Coxon
en Australie en captivité. Il y avait donc déjà en Australie à cette époque des
gens qui étaient à la hauteur des habitudes de couvaison et des soins à donner
à ces oiseaux en captivité. Pourtant, nous donnons 1840 comme année de départ
du processus de domestication de la perruche ondulée car la marche en avant de
cet oiseau ne commença pas en Australie mais en Europe vers laquelle il fut
transporté cette année-là, suivant la littérature de l'époque, en nombre
toujours de plus en plus grand. La grande faculté d'adaptation et le caractère
facile, le peu d'exigences en logement et en soins, la facilité à passer à
l'élevage ont contribué ensuite, en quelques décennies, à faire de la perruche
ondulée l'oiseau de cage le plus détenu et totalement domestiqué.
Les premières
perruches ondulées changèrent de propriétaire pour un montant important.
L'oiselier londonien bien connu Chr. Jamrach de
l'époque acheta le premier couple de Gould pour 26 livres sterling (5200 F) et
le revendit pour 27 livres sterling (5400 F) à un certain Dr. Buttler à Woolrich. Il faut
comparer ces montants au salaire mensuel d'alors d'un ouvrier ordinaire (100 à
200 F).
La suit est connue,
on n'en resta pas à cette seule transaction. C'est ainsi qu'autour de l'année
1850, il y avait déjà des milliers de perruches ondulées en Europe. Les
résultats d'élevage ne s'étaient pas fait attendre longtemps.
En 1854, un certain
Jules Delon dans le Bulletin de la Société imp. d'acclimation
de France publia sous le titre "Note
sur la perruche ondulée" un rapport de ses expériences avec des
perruches ondulées. Ce rapport probablement le plus vieux, sur la nourriture,
les soins et le déroulement de la couvaison. Delon signale qu'il élève des
perruches ondulées depuis 1849/1850 et fait mention d'autre part de deux autres
éleveurs, un certain Saulnier de Saint Brice et un Bissent de Belleville qui,
tout comme lui, font cet élevage depuis 1850.
Au zoo d'Anvers
aussi, on élève déjà des perruches ondulées sur une petite échelle vers 1850,
c'est ce qui ressort d'une annotation du directeur de cette date J. Vekemans. Vers 1860, cet élevage se fait en grand au zoo
d'Anvers. On tient également des bourses d'oiseaux annuelles où arrivent même
des commandes de Berlin et de Saint-Pétersbourg. La descendance rapporte un bon
prix et il ne faudra pas longtemps pour que des particuliers essaient d'avoir
leur part du gâteau. Citons des éleveurs importants d'alors tels que: L. van
der Snick de Bruxelles, Kessels
et Limbosch tous deux d'Uccle, J. Boone, Mme Bodinud,
Gheude-Petit de Binche.
Le premier succès
d’élevage en Allemagne en 1855 est au nom de la comtesse von Schwerin de
Berlin. Des informations détaillées en sont données par Karl Bolle dans le Cabanis journal für Ornithologie en
1859. Dans ce rapport, Bolle remarque en outre que déjà alors la perruche
ondulée était dans chaque grande ville un oiseau de cage en vogue. Quand les
premiers de ces oiseaux sont-ils arrivés aux Pays-Bas, on ne le sait pas de
façon précise. Dans son livre De
Vogelwereld paru en 1886, Nuyens signale que son frère avait apporte
d’Australie trente ans auparavant un couple de perruches ondulées. Cela devrait
donc dater d’environ 1855.
Bien qu’entre 1850 et
1860 cet élevage se faisait à nombre d’endroits, l’importation d’Australie ne
fit qu’augmenter. Il en arrivait souvent par envoi de plus de 10.000 oiseaux.
Ce qui faisait une forte baisse dans les prix. Il devait arriver une fin à de
pareilles saignées de la faune australienne, c’était à prévoir. En 1894 le gouvernement australien
interdit toute exportation d’oiseaux indigènes. Toutefois, l’élevage en était
déjà si intensif en Europe que cette interdiction n’eut que peu d’influence sur
les prix.
A Toulouse, dans le
Midi de la France, se créèrent à partir de 1880 d’énormes élevages où
naissaient chaque année des dizaines de milliers de perruches ondulées.
Appartenaient aux plus connus de ces élevages Les Etablissements Bastide avec
une moyenne d’oiseaux entre 80.000 et 100.000 sujets et les Etablissements
ornithologiques Blanchard où l’on en détenait, l’année durant, quelques dizaines
de milliers.
Entre-temps, les
premières mutations étaient un fait acquis. En 1872, naquit en Belgique une
perruche ondulée jaune avec des yeux noirs, six ans plus tard, la première
bleue. Rapidement suivirent les premiers lutinos. Les nouvelles couleurs
déchaîneraient un véritable engouement parmi les gens, ce qui donna un niveau
stimulant à cet élevage. Les élevages de masses vécurent une prospérité dorée,
du fait encore que de nouvelles couleurs vinrent s’ájouter qui étaient souvent
échangées à des prix fabuleux. Comme c’est toujours le cas lorsque quelque
part, il y a beaucoup d’argent à gagner, toujours plus d’amateurs se mirent a
détenir des perruches ondulées pour s’en faire un salaire d’appoint. Bien sûr,
cela devait foirer, tôt ou tard. Vers la fin des années 20 cela alla si loin
que le marché s’effondra définitivement. Cela signifia la fin de l’élevage de
masse.
Une des raisons
auxquelles la perruche ondulée doit son énorme popularité, est la variété des
couleurs dans lesquelles on peut l’élever. L’histoire de sa domestication ne
serait pas complète sans un aperçu des principales mutations qui sont apparues
durant ce processus.
Voici l’aperçu de ces
mutations dans l’ordre chronologique :
1864 Un certain Huber
décrit une perruche ondulée dont les rémiges sont
blanches et le
corps de couleur pâle.
1864 Le Dr. E. Rey
fait mention d’un panaché qu’il a élevé.
1872 Chez J. Boone en
Belgique naît la première véritable mutation de
couleur, la
perruche ondulée jaune.
1878 Chez Limbosch en
Belgique, naît la première perruche ondulée bleue née
de deux parents
verts. Pas de descendance toutefois de cet oiseau.
1879 Chez Kessel en
Belgique, naissance de trois perruches ondulées jaunes
aux yeux rouges,
vraisemblablement les premières lutinos.
1884 l’Anglais J.
Abraham fait également mention de lutinos.
1886 Le même Angles
reçoit d’Australie un couple de perruches jaunes. Il
s’agit d’oiseaux
capturés dans la nature.
1887 Au Britisch
Museum, on expose une perruche ondulée empaillée vert fonce
provenant de la
nature.
1910 Du Mans en
France, on annonce des perruches ondulées bleues. Pour la
première fois, on
réussit une descendance.
1915 Le Français
Blanchard élevé les premières perruches vert foncé.
1917 La première
perruche ondulée blanche est un fait.
1919 Le même
Blanchard obtient le premier vert olive.
1920 De
l’accouplement bleu ciel x vert olive, naissent les premiers oiseaux
bleu cobalt.
H. D. Astley en Angleterre et Mme Ephrussi
en France annoncent l’un
après l’autre la
descendance de perruches ondulées blanches.
1921 Blanchard élève
la première mauve.
1927 L’élevage de Mme
P. Weisz, Autriche, produit la première aile grise.
1928 Chez Mertens en
Allemagne, naissance de la première violette.
1929 De Suisse, est
annonce la fallow allemande. Sans descendance.
1930 D’autres fallows
naissent dans l’élevage de B. O’Brien à Sydney.
H. Piers, de Sydney encore, fait mention
d’ailes blanches.
Suivant Enehjelm, apparaissent en Belgique
les premières masquées
jaunes.
1931 Chez Schumacher
dans le Magdeburg, naissance de fallows.
En Californie (USA), il est question d’une
même mutation.
L’Anglais G. F. Porter annonce les
premières cinnamons.
Première halfsider annoncée.
1932 Lors d’une
exposition au Danemark, découverte d’une première panachée
récessive
d’origine inconnue.
Chez un certain Coulsen à Lincoln, naît le
faded.
1933 D’Australie est
annoncée une femelle opaline vert clair, originaire de
la nature.
1934 Dans l’élevage
de l’Américain A. Bron, naît la première opaline. Il
s’agit d’une
opaline cobalt.
1935 Lors du ‘Royal
Zoological Society Show’ à Sydney, est exposé un male
panaché dominant
vert clair.
Une certaine Mme S. Harrison de
Murrumbeena, Australie, achète dans un
magasin de
Melbourne une perruche ondulée vert gris. Origine inconnue.
1937 Du Canada et de
Grande-Bretagne, on annonce des masquées jaunes.
1939 Mertens en Allemagne
élève une perruche ondulée à pattes emplumées. Pas
de descendance de
cet oiseau.
1940 En Belgique et
aux Pays-Bas, naissance à peu près en même temps des
premières
panachées hollandaises.
1943 D’Australie est annoncée
une perruche ondulée gris ardoise.
Mme S. Harrison de Murrumbeena obtient de
l’accouplement vert gris x
bleu ciel une
jeune perruche ondulée grise. Cette couleur à hérédité
dominante est
actuellement appelée gris australien.
Chez
l’Anglais E. W. Brooks naît la première grise à hérédité
récessive,
cataloguée plus tard sous le nom gris anglais. Mutation
probablement
disparue aujourd’hui.
1947 Pays-Bas,
Belgique et Danemark voient naître à peu près en même temps
les premières jaunes et blanches aux yeux noirs.
1948 Naissance en
Grande-Bretagne, vers cette époque probablement, de ce
qu’on appelle le
plumage buff.
1953 En Grand
Bretagne apparaissent les premières lacewings.
1954 Des Etats-Unis,
annonce des premières clearbodies.
1960 Australie,
Grande Bretagne et Allemagne, premières annonces de la
feather duster.
1967 Dans l’élevage
Ethel J. Dobis, Australie, se développe la perruche
ondulée mottled.
Il s’agit d’une forme panachée récessive qui ne
devient visible
qu’après la mue juvénile.
1972 Première mention
en Australie d’un oiseau spangle. L’origine en est
inconnue.
1975 D’Australie, est
annoncée une perruche ondulée saddleback. Il s’agit de
l’apparition
d’une forme où le manteau présente un dessin gris estompe
sur un fond jaune
(série verte) ou blanc (série bleue) tandis que la
couleur et le
dessin de l’ondulation demeurent inchangés pour le reste
du corps.
1984 Dans l’élevage
G. Visser à Bilthoven naît une clearbody, avec
probablement une
formation caractéristique dominante.
1992 D van Dijk de Glanerburg c'est
rendu à une vente d'oiseau à Weerselo
où il a remarqué, dans un groupe de perruches,
deux mâles bleu avec un
masque de couleur noir en des traits de pigment
sur le dessous du
corps. Cette mutations hérédité récessive et
s'appelle masque noir.
1997 On nous signale de l'Israël le
cleartail. Il parait que c'est une
variante de spangle.
Aussi bien en Europe
continentale qu’en Grande Bretagne, on a élevé la perruche ondulée dans les
débuts uniquement sur la couleur. En Grande Bretagne, est arrivée vers 1910 un
changement lorsqu’un groupe d’éleveurs de perruche ondulée conçut le standard
de l’excellence puis y ajouta l’élevage de l’oiseau de posture. En février 1925
se créa à Londres le ‘Budgerigar Club’ qui débuta avec 18 membres. Une des
premières taches du club fut de revoir les exigences du standard, puis celui-ci
fut complété d’un modèle standard et d’un standard des couleurs (huit couleurs
reprises). En 1930, il y avait alors 500 membres, le nom du club fut
change sur la demande du roi George V en ‘Budgerigar Society’. Actuellement,
largement plus de soixante-dix ans plus tard, cet ancien club spécial de
perruches ondulées, un des plus connus au monde, compte 7000 membres.
Aux Pays-Bas, on est
reste fidèle tout un temps encore à l’élevage de la couleur et cela dura encore
jusqu’à la deuxième moitié des années cinquante avant qu’un changement
n’apparût. En ce temps, les premiers oiseaux de posture furent importes de
Grande Bretagne et on commença, en hésitant, à reprendre le système anglais, où
la pression se fit sur le format et le type. De là, pour le non-initié, la
dénomination (fautive) encore employée aujourd’hui de perruche ondulée
anglaise.
Le premier qui
franchit le pas de l’élevage de la couleur à celui de l’élevage de l’oiseau de
posture fut M. Korver d’Alkmaar. Cet amateur acheta fin 1957 deux séries de perruche
ondulées de couleur grise et vert gris à M. Jack Burman, connu alors comme
champion breeder anglais. Il bâtit un stam avec ces oiseaux et en quelques
années fut en tête du cheptel néerlandais des perruches ondulées. Très vite,
d’autres amateurs de la couleur le suivirent. Les amateurs les plus connus qui
ont beaucoup contribué à l’amélioration du cheptel néerlandais des perruches
ondulées sont MM. Dijkman et Verbeem. Ils achetèrent leurs premiers oiseaux
chez l’as éleveur anglais T. North, très cote à l’époque. Plus tard, d’autres
oiseaux encore furent importes d’éleveurs à succès tels que Watmough, Holland,
Mason, Barlass et Mrs. Kirby. Peu à peu, toujours plus d’éleveurs passèrent à
l’élevage de l’oiseau de posture, d’autant plus qu’ils voyaient bien qu’avec
trop peu d’oiseaux de couleur, ils n’arrivaient plus à réussir aux expositions.
En mai 1965, fut créé
à Utrecht le Nederlandse Parkieten Club
(NPC). En partie par l’action de ce club, le développement de l’élevage de
l’oiseau de posture a fait d’énormes progrès aux Pays-Bas ces dernières
décennies. En témoignent les nombreux éleveurs qui s’occupent aujourd’hui de
l’élevage d’oiseaux standard.
L’élevage de
perruches ondulées standard, comme nous les appelons actuellement, a grandi
jusqu’à devenir un goût dans lequel beaucoup de gens ont trouve une forme
active d’occupation de leur temps de loisir dont ils ne voudraient pas ce
passer pour tout l’or du monde.
Seront traités plus
tard d’une manière spéciale la détention, l’élevage et l’exposition des
perruches ondulées standard.